Comprendre sa Timidité

N’étant pas psychothérapeute, je ne prétends aucunement apporter ici la solution miracle pour vaincre définitivement sa Timidité ! D’ailleurs, le peut on vraiment ?!

 Non, je vais simplement vous exposer une synthèse de mes lectures sur le sujet, agrémentée de ma réflexion et de mon expérience de « timide ».

 
Mais d’abord, je commencerai par une petite histoire.

 Marc, 34 ans, est salarié dans une petite entreprise employant une trentaine de personnes. Calme, discret et consciencieux dans son travail, il est apprécié de ses collègues et de son responsable. Nous sommes en fin d’année et les entretiens annuels de bilan d’activité approchent. A la pause café, chacun y va d’exposer à qui veut les entendre (même à ceux qui ne le veulent pas d’ailleurs !!) les arguments qu’ils mettront en avant pour valoriser leurs résultats et biensûr leur droit à une augmentation de salaire. Marc, comme à son habitude, écoute poliment sa collègue Christine, « comprenant » et « étant tout à fait d’accord avec elle » « elle mérite bien cette petite augmentation ». Après avoir entendu de ça et de là les résultats des autres, Marc se dit que lui non plus n’a pas démérité, il a même d’ailleurs un meilleur bilan que Paul, alors lui aussi demandera une augmentation de son salaire, non mais !!

C’est aujourd’hui le jour de son entretien avec Mr V., son responsable. Deux heures avant son rendez-vous, ça y est, Marc commence à stresser. Dès qu’il se met à répéter mentalement son argumentation, sa gorge se serre et il sent les battements de son cœur s’accélérer. Une heure avant, il ne pense plus qu’à ce tête-à-tête, obnubilé et complètement déconcentré de sa tâche. « Et si Mr V. me coupe la parole avant même que je n’ai le temps de lui demander mon augmentation, et si Mr V. ne trouve pas que mes résultats justifient celle-ci, et si je bafouille au mauvais moment il va me prendre pour un idiot, et si il compare mon bilan à celui de Christine…. ». Au moment de rentrer dans le bureau de Mr V., Marc a les mains moites, il transpire beaucoup, sa gorge est complètement sèche, c’est sûr il va faire mauvaise impression. Tout ce qu’il avait prévu de dire s’envole, finie sa belle argumentation, il ne voit que le regard scrutateur de Mr V. qui doit rechercher tout ce qui ne va pas chez Marc et dans son travail pour lui refuser cette augmentation. Marc se sent très mal à l’aise, il a très chaud dans ce grand bureau qui pourtant l’oppresse énormément. Il n’a qu’une seule envie, abréger le plus rapidement possible cet entretien et en finir. Le silence de Mr V. est trop pesant, Marc ne sait plus ce qu’il dit, commence par la fin, oublie la moitié de ce qu’il avait à dire sur ses résultats, quant à sa demande d’une augmentation, il s’en abstient, c’est trop tard de toute façon, il vient de ruiner ses chances. L’entretien se termine. Marc sort du bureau, complètement abattu et attristé. Mais pourquoi réagit il comme ça ? M…. alors ! Voilà une bonne opportunité de rater et c’est de sa faute !!

 

Ceci n’est pas mon histoire. Ni la vôtre d’ailleurs. Pourtant, nous nous sommes reconnus en Marc, et même si la situation n’était pas la même, nous avons un jour ressenti les même émotions que lui, les même sentiments de peur, d’incapacité puis de frustration et de colère envers nous-même.

 Combien de fois, nous sommes nous dis que c’était la dernière fois que l’on réagissait ainsi. Mais que la situation se représente à nouveau, peut-être sous une forme un peu différente, nous reproduisons encore la même chose.

Et à nouveau ce sentiment de culpabilité, de frustration, de colère, sans oublier la sensation d’avoir rater une opportunité de vivre quelque chose ou d’avoir échouer à obtenir ce que l’on désirait. Bref, pour l’Epanouissement, on ne peut pas dire que cela soit terrible !!

 
Comment peut-on « se soigner » alors ? Déjà peut-être en prenant conscience des mécanismes psychologiques qui entrent en jeu lors d’un épisode de Timidité.

Il y a en nous un mauvais « sentiment », une peur, transformée en croyance ancrée tellement profondément en nous que l’on en est persuadé : celle que nous ne sommes pas capables. Pour évoluer et avancer dans nos vies, nous avons besoin d’avoir confiance en nos différentes capacités, mais lorsque nous nous confrontons à une situation ou nous doutons de nous pour la capacité requise, notre mécanisme primitif de survie se met route, c'est-à-dire Fuir.

Cependant, dans nos vies, il y a certaines situations auxquelles nous ne pouvons nous soustraire, que nous devons affronter, et dans ce cas, nous devons lutter contre notre envie de fuir et devons affronter « l’ennemi ». Généralement, ceci a pour conséquence de provoquer notre panique qui se traduit par des manifestations physiques (transpiration, rythme cardiaque accéléré, tremblements, gorge sèche….) et psychiques (diminution de sa lucidité, difficulté à réfléchir, à s’exprimer, réaction inappropriée…..). Pour ne pas se laisser « manger par l’ennemi », nous réagissons un peu comme ces bêtes qui font le mort pour échapper à leur prédateur, nous nous inhibons. Dans le cas de Marc, celui-ci a préféré renoncer à sa demande d’augmentation pour ne pas avoir à subir un refus. Lorsque nous sortons « vivant de ce face à face » après avoir utiliser cette technique du mort, autrement dit, de s’être renié, effectivement nous ne pouvons pas être fiers de nous. Nous ne pouvons que nous en vouloir de ne pas nous être « affirmés ». La conséquence est que notre estime de soi s’affaiblie et que nous restons enfermés dans ce cercle infernal.

 Certains pensent s’être sortis de ce cercle. Comment ? En mettant en place des mécanismes de compensation que je qualifierai de « comportementaux ». Pour certains, il va s’agir par exemple de « dureté », voire « d’être sec ou agressif», pour d’autres ce sera « la désinvolture », « l’excès de zèle ou d’humour ». N’avez-vous jamais entendu quelqu’un dire « tout le monde pense que je suis très à l’aise avec les gens, mais au fond de moi je suis super timide » ?. Donc, ces personnes sont en réalité des timides masquées qui ne s’assument pas.

 

Avez-vous remarqué que notre timidité ne s’exprime que face à l’Autre, qu’il soit seul ou en nombre ? Dans une situation intimidante, il y a toujours un Autre qui nous observe (pensons nous !). Ceci révèle une chose : quand nous avons peur de ne pas être capable, en réalité, nous avons peur que cette incapacité se reflète à travers l’Autre. Je m’explique. Ce que nous craignons vraiment, c’est un mauvais jugement ou une mauvaise opinion que l’Autre pourrait se faire de nous et que celle-ci puisse se manifester à travers des moqueries, des railleries, des reproches, un désaccord….Si cela devait se produire, ce serait terrible car nous sommes convaincus que nous ne saurions pas comment riposter face à cette « humiliation ».

 

Je pense que vous voyez maintenant où je veux en venir. Si nous avons compris, et surtout, pris conscience de ce dernier point, nous pouvons nous poser deux secondes et tenter d’identifier comment nous en sommes venus à craindre :

de provoquer chez l’Autre un jugement négatif de nous

de ne pas savoir comment réagir face à une « attaque », quelle que soit sa forme, de la part de l’Autre.

Les raisons de ces craintes sont sans doute multiples et propres à chacun. A titre d’exemple, je peux citer :

Un, voire les deux parents, eux-mêmes timides et qui ne s’affirmaient pas. Nous nous sommes construits alors sur leur modèle.

Des parents trop protecteurs, qui ont tout fait pour nous préserver de l’extérieur, nous empêchant d’agir, répondant à notre place, etc…

Des humiliations créant des blessures de son Amour-propre venant de la part d’un parent, frère ou sœur, de ses petits camarades….

Bref, tout autant de situations répétées qui finissent par nous donner un sentiment d’infériorité dans notre enfance et que l’on garde en soi en grandissant.

 

Personnellement, si je réfléchie à mon propre cas, ce qui me vient c’est qu’ayant été toujours une « gentille fille avec des facilités d’apprentissage » étant petite, je voulais toujours que l’on m’aime (camarades, maîtresse, ….) et que l’on me trouve « gentille et intelligente ».
Les situations qui m’ont toujours intimidées sont lorsque je dois donner mon avis, mon opinion, sur quoi que ce soit en face de quelqu’un, que ce soit de parfaits inconnus, des amis, des collègues, mon patron….J’ai connu des situations vraiment paniquantes, et parfois, j’ai eu le cœur sur le point de sortir de mon corps à la simple idée de vouloir poser une question devant mes collègues réunis. Aujourd’hui encore, j’ai tellement peur de poser une question ridicule lors d’un séminaire, bah, que je m’en abstiens. Je pense donc que c’est cette peur « de ne plus paraître intelligente si je donne un avis différent à ce que pense l’Autre, si je pose une question qui pourrait montrer mon ignorance » qui me bloque dans certaines situations. Si je venais à exprimer une opinion provoquant un désaccord avec l’Autre, je pense que j’aurais peur de ne pas savoir défendre mon point de vue, de trouver les bons arguments, et au final de me laisser convaincre que j’ai tord. J’aurais l’impression de m’être laissée « bouffée » et de passer pour une faible. D’où le sentiment de panique quand je sais que la situation doit se présenter.

 

Voilà pour ce premier volet sur la Timidité.

 
Comme moi, je vous invite à essayer d’identifier une ou plusieurs de vos situations intimidantes. Et de répondre à ces questions :

Dans cette situation, de quoi ai-je réellement peur ? Qu’est-ce que je redoute ?

Si ce que je redoute venait à se produire, de quoi aurai-je également peur ?

 
En répondant simplement et honnêtement à ces 2 questions, vos prendrez déjà conscience de vos « barrières » et en méditant sur celles-ci, vous pourrez plus facilement avancer par la suite.


Bonne réflexion