Qu'est-ce qui peut faire notre bonheur ? (2ème partie)

Publié le par Lutecia

Cet article est la suite du précédent, attention à l'ordre de la lecture...

 

Alors qu’est-ce qui fait le bonheur ?

 

Des tas de choses. Tout ce qui est cause de joie contribue à rendre le bonheur possible, puisque le bonheur n’est pas autre chose que ce laps de temps où la joie peut advenir. Or, qu’est-ce qui rend joyeux ? Tout ce qu’on aime.

 

C’est la définition même de l’amour, dont Spinoza écrit qu’il est « une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure ». Autrement dit, aimer c’est « se réjouir de ». Si vous aimez Mozart, cela veut dire que la musique de Mozart est pour vous cause de joie. Si vous aimez un homme, une femme, vos amis, cela veut dire que l’existence de ces êtres est, pour vous, cause de joie, et donc que cette existence contribue à votre bonheur.

 

En résumé : si on le conçoit comme une joie permanente (la félicité), le bonheur n’est qu’un rêve. Mais comme joie possible, comme bonheur relatif, quotidien, avec ses hauts et ses bas, ses fluctuations de joie et de tristesse, c’est autre chose.

« Ce frêle bonheur », comme disait joliment Rousseau, dépend de notre capacité d’être joyeux, c'est-à-dire notre puissance d’aimer.

Freud le souligne dans Deuil et Mélancolie. Cherchant à décrire la mélancolie – au sens psychiatrique d’effondrement dépressif – il écrit : « Le mélancolique est celui qui a perdu la capacité d’aimer ».

 

Pour conclure, j’ajouterai ceci : ne nous préoccupons pas trop de notre bonheur. Le bonheur n’est qu’une abstraction ou un idéal. Occupons-nous plutôt de ce qui compte vraiment : le plaisir, la joie, l’amour, l’action, la connaissance, la liberté, la justice…

Lorsqu’on se donne vraiment au réel, on créé les conditions de possibilités de la joie. J’aime beaucoup cette formule d’Alain : « Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l’ont pas cherché ».

 

C’est une des leçons les plus profondes de la philosophie. Quand on cherche le bonheur, il nous fuit : on est malheureux de n’être pas heureux.

Si, au contraire, on comprend que le bonheur, c’est simplement le contraire du malheur, on peut être heureux de n’être pas malheureux. C’est la sagesse la plus spontanée, qui mène à la sagesse la plus haute : l’amour, non du bonheur, mais de la vie et de la vérité.

 

André Comte-Sponville, philosophe.

"Philosophie, testez-vous", Le Point.

 

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Photo de Carole59

Publié dans Réflexion

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